Fêtes de Mai

Иркутск, сквер кирова - Vétérans sur la place Kirov

Иркутск, сквер кирова – Vétérans sur la place Kirov

          Le printemps, enfin la glace commence à fondre – il en reste, c’est aussi le retour des fontaines et des citernes jaunes de kvas dans les rues. Pas de muguet, mais on s’en passe. Le mois de mai en Russie a ce petit air d’été en avance, et pour cause : la première semaine de mai est la plus courte de l’année : deux jours de travail (29 et 30 avril) / cinq jours de repos. Les célébrations de la fête du Travail (le 1er mai, donc) durent 5 jours, auxquels s’ajoutent les 4 jours de la fête de la Victoire (le 9 mai, et non le 8 comme pour nous) du 9 au 12 avril, bref de quoi partir quelque temps se reposer à la datcha (maison de vacances).  Dans cet article, je vais surtout revenir sur la fête du 9 mai, d’abord parce que cette journée m’a surpris, je n’ai en France jamais ressenti un tel sentiment d’allégresse – le mot est un tantinet désuet mais je n’ai pas trouvé mieux – et surtout, je ne m’y connais pas assez en religion pour vous faire un texte sur la Pâque orthodoxe.

          D’abord, pourquoi le 9 mai ? Après une première signature de la capitulation allemande le 7 mai 1945 à Reims, une seconde à eu lieu, dans la banlieue de Berlin – conformément aux volontés de Staline, 25 millions de morts, on lui doit bien ça – le 8 mai au soir, soit déjà le 9 mai à Moscou.

        Les Russes ne fêtent pas, comme nous, la fin de la Seconde Guerre mondiale mais la Victoire de la Grande Guerre patriotique, la nuance n’est pas seulement terminologique, puisque les Russes ne fêtent que la victoire des Russes (du peuple soviétique plutôt) sur le fascisme. « La Victoire, c’est nous » peut-on lire sur certaines affiches. En France, on fête plutôt les alliés, le débarquement ou la Résistance, sans toutefois oublier l’Allemagne victime du régime nazi. En Russie, pas de demie mesure, on parle des « fascistes » pour designer l’armée allemande.

          Parfois minimisé dans l’historiographie occidentale, le rôle des Russes dans la Seconde Guerre mondial est conséquent, on raconte que dans chaque famille, il y’a un frère, un oncle ou un père qui n’en est pas revenu, ça ne me semble pas exagéré. L’épisode de l’escadron Normandie-Niemen, par exemple, est connu de tous les Russes ou presque (et redore un peu le blason de la France d’ailleurs), pas des Français. Bref, chacun son histoire, même quand celle-ci est commune.

          Dans la rue, les voitures klaxonnent presque sans interruption, parfois on peut y lire « vers berlin ! » écrit au marqueur et des filles font flotter les drapeaux russe et soviétique par les fenêtres. « Merci papi pour la Victoire » chantent encore les écoliers, la calotte sur la tête, le ruban de St Georges orange et noir épinglé sur le coeur. Sur les visages des Vétérans, le même sourire enfantin, quand les jeunes filles leur demandent si elles peuvent les embrasser. Ils avaient entre 15 et 20 ans quand eux, sont partis au front, et les médailles si lourdes soient-elles sur leur poitrine ne compensent pas le poids d’une jeunesse passée à la guerre, les Russes pour désigner le 9 mai parlent aussi d’une «  fête les larmes aux yeux« . Il leur faut bien un journée par an, aux Vétérans, pour se sentir revivre ne serait-ce qu’un peu, le pays pour lequel ils ont combattu n’existe plus, ils ne touchent plus qu’une simple pension et n’ont que la maigre consolation d’un tarif réduit dans les musées ou dans les transports. Papi ne fait plus de la Résistance, mais ici, les filles l’embrassent encore. À méditer !